Censure, fermeture de chaînes

« Je ne monétise pas mes vidéos. Suis-je concerné ? »

Julien, de la chaîne « Tilleul et Cocaïne », a souhaité savoir si une chaîne non monétisée serait concernée par l’article 13. Éloise Wagner nous a indiqué que le projet de directive, tel qu’il est actuellement rédigé, couvrirait les utilisateurs lorsqu’ils n’agissent pas dans un but commercial. Ce dernier terme désigne à la fois les contenus monétisés grâce à l’insertion de publicités, et a priori, ceux qui contiennent des placements de produits ou qui sont, en soi, une publicité.

Si vous n’agissez pas dans un but commercial, alors les licences qui seraient passées par YouTube vous permettraient à priori d’utiliser des œuvres protégées en toute légalité, indique Éloise Wagner.

Cette partie du texte reste floue et, quoi qu’il en soit, si la solution algorithmique est retenue, elle serait appliquée sur toutes les vidéos.

 

˗ˏˋJulien Chièzeˎˊ˗

@JulienChieze

 

Bon, les amis, d’ici quelques mois ma chaîne pourrait fermer ! Ce n’est pas une blague, des millions de créateurs de contenus, et chaque internaute européen, sont concernés. Je vous explique tout et comment on peut faire changer les choses 🔥 https://youtu.be/RJTPYL-iZlM 

 
 
 

L’animateur Julien Chièze, comme bien d’autres vidéastes, a publié sur Twitter des messages inquiets. Ils y expliquent craindre la fermeture de leur chaîne. Certains hésitent même à continuer d’y poster des contenus.

Ceci est surtout lié au filtrage automatisé évoqué plus haut. Il pourrait, si YouTube choisissait effectivement cette solution, se solder par des suppressions de vidéos… Mais pas des chaînes, selon Lionel Maurel.

« Pour qu’une chaîne ferme, il faut qu’elle reçoive trois signalements de YouTube. Ces « strikes », explique-t-il, peuvent être mis en place lorsqu’une vidéo publiée en ligne ne respecte pas un droit d’auteur. Mais si le filtrage se fait avant la publication, ces strikes n’auront pas le temps d’être envoyés.  »

Selon lui, les seules suppressions de chaînes possibles seraient décidées par les vidéastes. Ceux-ci préféreraient délaisser YouTube pour une autre plateforme parce qu’ils ne peuvent plus y poster le contenu qu’ils veulent… à moins que YouTube ne disparaisse complètement.

« C’est la fin de YouTube en Europe »

Margaux@MargauxsTips
 

Je viens de comprendre. Youtube dit qu’ils n’ont pas la capacité d’appliquer la loi. Or ils seront responsable des violations de droits d’auteur. Dc si l’article 13 passe : c’est la fin de Youtube en Europe. Toutes les chaines seront bloquées sans distinction.

YouTube Creators

@YTCreators

 

 

Des vidéastes prétendent en effet que YouTube va mourir en Europe. C’est ce que la CEO de l’entreprise, Susan Wojcicki, a elle-même laissé entendre dans une tribune publiée dans le Financial Times. Elle a également indiqué que les Européens ne pourront plus voir des contenus publiés depuis l’étranger.

Lionel Maurel se veut prudent à ce sujet. « Un autre article de la directive, le 11e, déplaît aussi à Google [la maison-mère de YouTube], et Google a menacé de fermer son service Google News pour faire pression. Elle l’avait déjà fermé en Espagne, en 2014. Mais ça reste une menace. Est-ce vraiment dans l’intérêt de YouTube de ne perdre des millions d’utilisateurs ? Je n’en suis pas certain. »

Éloise Wagner de son côté estime que « YouTube a multiplié les communications un peu choc, parce que c’est dans son intérêt que le texte du projet de directive change et que sa responsabilité reste allégée. » Et c’est ce que pensent également des utilisateurs ou vidéastes, qui ne sont pas dupes quant à l’engagement récent de YouTube contre la directive.

Quoi qu’il en soit, si aucun accord n’est trouvé et que la majorité des vidéos sont impubliables, YouTube perdra de l’intérêt en Europe.

YouTube risque de perdre beaucoup d’argent, et verse du coup un « bullshit total »

 

(En vrai toute cette histoire d’article 13 est un bullshit total , YouTube risque de perdre beaucoup d’argent et donc appele à ce qu’on se mobilise pour eux. C’est tout. Ça change rien pour nous. 100% mascarade)

 
 

Certains accusent en effet YouTube de jouer sur la peur de ses utilisateurs… Pour éviter de payer. « Il y a de ça, reconnaît Lionel Maurel. La plateforme en réalité a la possibilité d’échapper à sa responsabilité croissante, sans avoir recours au filtrage. Mais cela impliquerait qu’elle rémunère tous les ayants droit au travers de contrats de licence onéreux. Il est très difficile, voire impossible de signer des accords avec tous, mais l’Europe pourrait peut-être faire des concessions à ce propos.  »

« PLUS DE POUVOIR AUX AYANTS DROIT, C’EST PLUS D’ARGENT À VERSER POUR YOUTUBE »

L’avocate Éloise Wagner estime que pour YouTube, les enjeux financiers qui se cachent derrière l’article 13 sont énormes : « Ils ont tout intérêt à faire du bruit pour que ça ne passe pas. Plus de pouvoir aux ayants droit, c’est plus d’argent à verser pour YouTube. » Elle ajoute : « Ce qui me gêne c’est qu’ils font ça sans tout expliquer aux vidéastes. Ils les encouragent à se mobiliser contre l’article 13, mais ils se gardent bien de préciser que les vidéastes sont également des ayants droit. Et que de fait, leurs rémunérations pourraient augmenter si leurs droits d’auteurs étaient mieux protégés. »

Joint par Numerama, YouTube nous explique avoir payé 800 millions d’euros aux ayants droit européens ces 12 derniers mois. La plateforme assure que ce montant ne cesse d’augmenter, notamment grâce au durcissement de Content ID.

L’avenir de plateformes alternatives plus petites que YouTube, par exemple PeerTube, est une question qui revient souvent sur Twitter. Des internautes comme Michaël craignent que la directive sur le droit d’auteur telle qu’elle est aujourd’hui ne les pénalise fortement, eux qui n’ont pas les moyens financiers de YouTube.

Qu’ils se rassurent : si ces plateformes peuvent être touchées par d’autres dispositifs de la directive, l’article 13 ne les concerne pas directement. « C’est un article qui a pour objectif de mettre les grosses plateformes face à leurs responsabilités, rassure Éloise Wagner. Les blogs ou sites d’hébergement plus petits ne sont pas concernés, et de gros sites comme Wikipédia en seront aussi exclus. »

L’article 13, détaille Lionel Maurel, ne concerne en effet que les plateformes où sont postés un grand nombre de contenus, qui ont aussi un but lucratif, et qui ont un rôle actif dans la gestion des contenus, c’est-à-dire qu’ils utilisent des algorithmes pour organiser les contenus par exemple. « Les instances concurrentes à YouTube comme PeerTube sont exclues parce qu’elles sont neutres. DailyMotion, Vimeo ou encore SoundClound, seront en revanche concernées. »

La directive devra être validée au printemps prochain. D’ici là, le Parlement, le Conseil et la Commission européenne ont tout le temps de modifier encore le texte. Pour information, une pétition contre l’article 13 circule toujours. Elle a plus de 2,4 millions de signatures.

 

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