Le Noël qui a changé ma vie

Par Isabelle Gravillon le 16 décembre 2018

Il y a eu un avant et un après. Vous nous avez raconté ce Noël particulier. Deux psychologues réagissent à vos récits, et nous rappellent au passage la force symbolique et le sens profond de ces fêtes.
 
 

• Enfin, un Noël en famille!

“Boulangers pâtissiers à notre compte, ma femme et moi avons toujours travaillé pour les fêtes. Nous n’avons donc jamais pu en profiter vraiment avec nos filles quand elles étaient petites. Au printemps 2017, nous avons vendu notre affaire pour redevenir salariés. À Noël dernier, nous étions donc en vacances. Nous avons découvert le bonheur des préparatifs en famille et de cette fête tous ensemble. Nous avons eu l’impression de rattraper le temps perdu!” Jean-Yves, 51 ans.

Que serait un repas de Noël sans la fameuse bûche? Pour que nous puissions nous régaler de cette incontournable spécialité, boulangers et pâtissiers restent rivés à leurs fourneaux tandis que nous festoyons. “Ne pas pouvoir fêter Noël en famille engendre forcément un sentiment d’exclusion. Tous ceux qui travaillent en cette journée si particulière sont privés de cet événement socialement puissant et universel. Ils se sentent hors normes, en marge. Peut-être aussi un peu coupables de priver leurs proches de cet ancrage familial, de ces retrouvailles inter-générationnelles”, analyse Geneviève Djénati, psychologue, auteure de “Attends… Dépêche-toi! Le temps des parents, le temps des enfants” (éd. L’Archipel). 

D’où le bonheur de Jean-Yves quand, pour la première fois depuis des années, il a pu fêter un “vrai” Noël en famille! “Pour lui, ce premier Noël loin de sa boutique a été véritablement réparateur, venu apaiser un manque profond qu’il ressentait depuis longtemps. Alors que ce boulanger a œuvré pendant des années au bonheur du public, il a enfin pu offrir ce bonheur-là à ses proches. Ce n’est pas rien!” note Virginie Megglé, psychanalyste, auteure de “Quand l’enfant nous dérange et nous éclaire” (éd. Eyrolles).

• Un petit miracle à l’hôpital

Je suis infirmière dans un service de réanimation et souvent de garde les nuits de Noël. C’est toujours un moment compliqué, où il faut redoubler d’attention auprès des familles. Cette fête, censée être celle de la joie, attise leurs angoisses et leur souffrance. Il y a quatre ans, une jeune fille qui était dans le coma depuis un mois à la suiteà un accident de voiture, s’est réveillée en cette nuit de Noël. Le bonheur intense partagé avec ses parents reste gravé dans ma mémoire. Je m’accroche à ce souvenir heureux quand je suis découragée.” Lila, 59 ans.

– L’avis du psychologue: 

“La dimension magique de Noël est profondément ancrée dans notre inconscient collectif. Petits et grands, nous vivons cette fête comme un moment merveilleux où tout est possible. Puisqu’un enfant né dans une étable dans le dénuement le plus complet a pu devenir, quelques années plus tard, un meneur de foules, puisque le Père Noël est capable d’apporter, au même moment, des cadeaux à tous les enfants de la terre, oui, cette fête porte forcément en elle l’extraordinaire et le merveilleux!” décrypte Virginie Megglé.

Tout comme le réveil de cette jeune fille dans une situation pourtant désespérée. “Lors de cette nuit de Noël, cette infirmière a reçu un merveilleux cadeau: un soutien indéfectible dans une profession particulièrement éprouvante. La remémoration de ce souvenir heureux – le réveil miraculeux de la jeune fille, sa renaissance qui concorde avec la naissance de l’enfant Jésus – la portera pour toujours et lui donnera une force incroyable qu’elle pourra transmettre aux patients et à leur famille en souffrance”, insiste Geneviève Djénati.

• Sous le signe de la réconciliation

Lors du Noël 1970, tous les enfants de la famille ouvraient leurs cadeaux dans la joie. Mais moi, alors âgé de 25ans j’étais profondément triste: mon père refusait que j’épouse l’amour de ma vie, une jeune Anglaise ne parlant pas français et habitant en Suisse! Ce jour-là, en pleines festivités, j’hésitais à m’enfuir pour la retrouver età abandonner ma famille… C’est alors que mon père m’a annoncé qu’il m’autorisait à épouser Mary. Ce fut le plus beau cadeau de Noël de ma vie!”Michel, 73 ans.

– L’avis du psychologue: 

Fête de tous les possibles, Noël est également celle de l’amour tout-puissant et de la réconciliation.“En ce jour où souffle ce fameux esprit de Noël, le père de Michel a finipar prendre conscience de l’insupportable conflit de loyauté dans lequel il avait enfermé son fils: renoncer à son grand amour pour rester fidèle à sa famille ou bien perdre sa famille pour suivre sa destinée amoureuse. Comme touché par la grâce, il a pris la sage décision de laisser son fils être heureux et de vivre pour lui-même”, estime Virginie Megglé.

Sans Noël, pas sûr que ce père aurait fléchi… “Cette fête lui a permis de sortir la tête haute d’une impasse qu’il avait lui-même créée. Sans doute par peur de perdre son fils et de le voir partir à l’étranger, aussi à cause de la force de ses préjugés. En effet, en faisant son annonce la nuit de Noël, il n’apparaît pas comme quelqu’un de faible qui cède mais comme quelqu’un de généreux qui fait un cadeau à son fils. Noël a transformé cet homme, l’a tiré vers le haut et vers de belles valeurs”, se réjouit Geneviève Djénati.

Article ” Notre temps “